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Fondeux de cuillères" : L'artisan itinérant de Saint-Jean-Port-Joli

  • Photo du rédacteur: Équipe Le socle
    Équipe Le socle
  • 30 janv.
  • 3 min de lecture

Il fut une époque à Saint-Jean-Port-Joli, quelque part entre la Grande Dépression et l'arrivée de l'électricité partout dans les rangs, où Amazon n'existait pas. Quand quelque chose brisait, on ne le remplaçait pas ; on attendait.


On attendait le passage d'un homme. Un marcheur avec un sac en toile usé et des mains noircies par le travail. On l'appelait le "Fondeux de cuillères".


Fondeux de cuillères" : L'artisan itinérant de Saint-Jean-Port-Joli

Aujourd'hui, au Socle, alors qu'on parle d'innovation et d'accélération, il est bon de se rappeler cet ancêtre de l'entrepreneur autonome qui a marqué la mémoire de nos grands-parents.


L'Alchimiste des cuisines


Dans les années 30 et 40, les ustensiles n'étaient pas en acier inoxydable indestructible. Ils étaient souvent en étain ou dans des alliages mous. À force de gratter le fond des chaudrons de fonte, les cuillères cassaient ou s'usaient jusqu'à devenir coupantes.


Mais on ne les jetait pas. La mère de famille les gardait précieusement dans un pot, sur le haut de l'armoire.


Quand le "Fondeux" cognait à la porte, c'était un événement. Ce n'était pas un simple "quêteux" qui demandait la charité. C'était un artisan itinérant. Il offrait un service vital.


Il s'installait près du poêle à bois, sortait son petit moule en fonte de sa poche — souvent un moule qu'il avait fabriqué lui-même — et demandait les débris. Sous les yeux écarquillés des enfants, il faisait fondre les vieilles cuillères brisées dans une louche au-dessus des tisons.


Une fois le métal devenu liquide et argenté, il le coulait dans son moule. Pshhh. Quelques minutes plus tard, il en sortait une cuillère neuve, brillante, prête à servir pour les vingt prochaines années.


Un modèle d'affaires basé sur l'humain


Le "Fondeux de cuillères" n'avait pas de terminal de paiement ni de factures. Son tarif était simple, mais non négociable : le gîte et le couvert.


Contre une douzaine de cuillères neuves, il recevait un bon repas chaud, une place pour dormir près du feu, et surtout, de la considération.


C'est là que réside la beauté perdue de ce métier. L'artisan n'était pas un étranger qu'on payait à distance. Il entrait dans l'intimité de la maison. Il apportait les nouvelles du rang voisin, les rumeurs du village d'à côté. Il faisait partie du tissu social. Il y avait un échange


humain direct : mon savoir-faire contre ton hospitalité.


La fin d'une ère


Avec la modernisation, l'arrivée de l'acier inoxydable et des magasins à grande surface, le métier s'est éteint. Les routes se sont asphaltées, les portes se sont verrouillées, et le "Fondeux" a cessé de passer.


Nous avons gagné en confort, c'est indéniable. Mais nous avons perdu cette culture du porte-à-porte, cette connexion directe entre celui qui fabrique l'objet et celui qui l'utilise.


Aujourd'hui, l'artisan est souvent isolé dans son atelier, et le client est isolé derrière son écran.


L'esprit du "Fondeux" au Socle


Pourquoi vous raconter cette histoire aujourd'hui ?


Parce que chez Le Socle, nous croyons que l'avenir de l'artisanat passe par une reconnexion similaire. Bien sûr, nous ne vous suggérons pas d'aller dormir chez vos clients ! Mais nous voulons retrouver cette proximité.


Nous voulons que les créateurs de Saint-Jean-Port-Joli ne soient pas des entités abstraites, mais des visages connus, des histoires partagées.


Le "Fondeux de cuillères" était un entrepreneur résilient. Il utilisait ce qu'il avait (des débris) pour créer de la valeur (du neuf), avec pour seul moteur ses jambes et son talent. C'est l'essence même de la débrouillardise québécoise.


Alors, la prochaine fois que vous tenez un bel objet fait à la main, ayez une pensée pour ces marcheurs de rangs. Ils ont pavé la voie. Et d'une certaine façon, à l'atelier A, nous gardons leur feu allumé.

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